Le seul refuge de nuit pour autochtones à Montréal est menacé de fermeture.

 

Le refuge Projets autochtones du Québec, qui abrite des itinérants autochtones de Montréal rue De La Gauchetière, est menacé de fermeture. Et jusqu’à maintenant, sa relocalisation est bloquée partout par le syndrome « pas dans ma cour ». Ce refuge de nuit, le seul à recevoir spécifiquement la clientèle autochtone itinérante de Montréal, est situé dans un bâtiment du CSSS Jeanne-Mance. Or, le bâtiment a d’urgents besoins de rénovations, et pourrait à terme servir à loger des bureaux du CLSC des Faubourgs-Sanguinet. Depuis déjà deux ans, le groupe, appuyé par un organisateur du CSSS Jeanne-Mance, tente de trouver un endroit où se reloger. En vain. Les refus sont unanimes partout.

 

« On a étudié 35 emplacements, mais la majorité n’ont pas été visités, parce que les arrondissements avaient un droit de veto sur les visites », explique Manuel Desafiel, délégué du CSSS Jeanne-Mance dans le dossier, qui ajoute d’ailleurs que 18 autres sites ont été analysés sans succès. Le déménagement des Projets autochtones du Québec (PAQ) se bute principalement aux refus des arrondissements d’accepter l’ouverture d’un nouveau refuge pour sans-abri, « et encore moins un refuge autochtone », précise M. Desafiel. Même l’arrondissement Ville-Marie, qui a abrité à ce jour les PAQ, subit la pression de regroupements de citoyens, de commerçants, qui refusent que l’ouverture d’un nouvel organisme communautaire sur le territoire de l’arrondissement. « On est devant une impasse », dit M. Desafiel. Les gens qui s’occupent du projet sont inquiets et découragés, ajoute-t-il.

 

Projets autochtones du Québec compte 30 lits pour hommes et 7 lits pour femmes. Sa clientèle, entièrement autochtone, est composée à 50 % d’Inuits, les autres clients étant des membres des Premières Nations. « C’est le seul refuge où les autochtones vont, où ils se sentent à l’aise », explique Donat Savoie, qui travaille pour la Société Makivik dans le dossier de l’itinérance chez les Inuits de Montréal. C’est aussi le seul refuge de Montréal qui accepte une clientèle en état d’ébriété, ajoute M. Desafiel.

 

Fuyant les logements surpeuplés, le coût de la vie astronomique et les conditions de vie difficiles dans le Nord, 56 % de la population inuite de Montréal vit de l’assurance-emploi, de l’aide sociale ou est en situation d’itinérance. Si la population inuite ne représente que 10 % de la population autochtone de Montréal, elle regroupe 45 % de ses itinérants. Les statistiques indiquent que le Nunavik est le lieu où l’on trouve le plus gros problème de surpopulation de logements au Canada, explique M. Savoie.

 

Les PAQ offrent un programme en trois volets : de l’hébergement d’urgence, des lits de transition pour les personnes arrivant du Nord qui ne sont pas encore en état d’itinérance et un centre de jour qui offre à la clientèle des services d’insertion sociale, dont l’orientation et la recherche de logements et d’emplois, ainsi que l’établissement d’un plan de vie.

 

« Le fait de refuser l’établissement d’un refuge pour autochtones ne réglera pas le problème, dit M. Savoie. Les gens vont simplement se retrouver avec 300 autochtones de plus dans la rue. » Les citoyens de l’Association du village Shaughnessy, que les Inuits fréquentent beaucoup au centre-ville de Montréal, sont d’ailleurs affolés à cette idée, dit-il.

 

Le présent bail des PAQ se termine le 30 juin. Le 4 avril, le CSSS Jeanne-Mance, propriétaire des lieux, a offert à la ville de Montréal, responsable du bail à ce jour, de prolonger le bail pour une période de six mois. La Ville n’a pas répondu à cette offre. Et selon Manuel Desafiel, la Ville de Montréal n’est plus désireuse de soutenir financièrement les PAQ. « On est en mode solution », a répété hier laconiquement Fabrice Giguère, au bureau de Jocelyn-Ann Campbell, responsable du dossier au comité exécutif de la ville de Montréal, sans entrer dans les détails.

 

Subventions conditionnelles

 

Pourtant, les PAQ ont déjà obtenu l’approbation d’une subvention de 750 000 $ du gouvernement fédéral pour faire des rénovations, ainsi qu’une subvention de 250 000 $ pour son budget de fonctionnement, selon Donat Savoie. Il ajoute que cette subvention est conditionnelle à la signature d’un bail pour une période de cinq ans, ce que les PAQ ne semblent pas capables de conclure.

 

Au même moment, le Centre d’amitié autochtone, situé à l’angle du boulevard Saint-Laurent et de la rue Ontario, traverse lui aussi une crise majeure. Le centre de jour, qui offre surtout des services de première ligne aux itinérants autochtones, n’est plus membre du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec, qui a, entre autres missions, celle d’offrir des services orientés vers la famille. Le Centre d’amitié autochtone est donc privé de deux subventions émanant du gouvernement fédéral. « Il y a 17 000 autochtones à Montréal, et ce ne sont pas tous des itinérants », fait valoir Édith Cloutier, pour expliquer l’orientation du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec. Cela fait tout de même moins de ressources pour les itinérants autochtones de Montréal.

 

Selon Éric Cardinal, qui travaille comme chargé de projet pour un lieu artistique, culturel et communautaire autochtone à Montréal, le Centre d’amitié autochtone de Montréal espère tout de même récupérer une partie des subventions qui ont servi à ce jour à offrir des services de première ligne aux itinérants autochtones.

 

« Il y a des gens qui essaient de faire une médiation pour que cet argent ne soit pas perdu », dit-il. Tous s’entendent pour reconnaître le besoin de ressources auprès de la population itinérante autochtone de Montréal. « Dans une ville comme Ottawa, il y a deux centres d’amitié autochtone. Cela pourrait se faire ici aussi », dit-il.